• Crapoussin

     

    Le crapoussin

    Substantif masculin,  XVIIIe siècle,

      En vieux français, c'est un petit crapaud, quand on parle de l’animal, ,

    Quand on parle d’une personne, le nom a un sens 

     Péjoratif s’il désigne une personne de petite taille, bedonnante et contrefaite ou bien une personne sans importance, homme de rien

    Affectueux  pour désigner un bambin, marmouset, mioche «  Ces crapoussins-là, quand ça vient au monde, ça ne se doute guère du mal que ça fait « (Zola, Assommoir, 1877, p. 471).

    Il peut être utilisé au féminin, et n’acquière pas pour autant plus de beauté. Mais s’il reste vilain,  le crapoussin n’est jamais méchant. Dans la petite anthologie des mots rares et charmants, Daniel Lacotte nous indique :
    «  Malgré un physique ingrat, le comportement guilleret du crapoussin contribue à atténuer sa disgrâce et, finalement à le rendre sympathique. »


    Si le crapaud est chez nous associé à la laideur , il n’en est pas de même sur les autres continents,  voici ce que dit WIKIPEDIA :

    « En Occident, le crapaud est associé à la sorcellerie et aux maléfices et à la laideur, il entrait dans la composition des philtres et était utilisé dans des rituels magiques, sans doute pour ses effets hallucinatoires

    En Amérique du sud (sculpté), en Chine (séché), au Moyen –Orient (déifié) ou  au Vietnam, le crapaud est le symbole de l'eau et commande la pluie.

    En Asie, il protège aussi en Chine des tirs d'armes et il est associé à la lune alors qu'au Viêt Nam il est l'oncle du dieu du ciel et la foudre du ciel menace celui qui le bat. Le crapaud est également symbole de succès ou bien de la force, du courage et de la richesse s'il est écarlate. Le cent troisième hymne du septième livre du Rig-Véda est intitulé " panégyrique des crapauds " et assimile ceux-ci aux prêtres védiques.

    En Afrique on dit qu'il guérit les brûlures et qu'il ne craint pas la morsure du serpent. Les bambaras croient qu'il se transforme en souris pendant la saison sèche et les pygmées bambuti le considèrent comme un esprit maléfique responsable de l'installation de la mort sur terre.

    Pour les égyptiens il est le symbole de la multitude car il réapparait au printemps par milliers à la saison des pluies et la déesse Héqet a une tête de crapaud. Elle est associée au dieu khnoum  qui  sur son tour de potier façonne l'humanité et qui préside à la création et à la naissance des dieux et des planètes. »

    Quand à Victor Hugo, il a choisi également le crapaud, pour sa laideur,  pour dire  la cruauté dont peut faire preuve l’Homme, son manque  de tolérance et d’humanité vis-à-vis de son semblable  lorsqu’il le juge différent : parce qu’il n’est pas de la même religion, de la même nationalité, de la même couleur, de la même classe sociale…L’Homme qui malgré son intelligence reste parfois ignorant  de l’essentiel, aveugle à autrui et sourd à son cœur…

    Le crapaud


    Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?

    Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;

    C’était la fin d’un jour d’orage, et l’occident

    Changeait l’ondée en flamme en son brasier ardent ;

    Près d’une ornière, au bord d’une flaque de pluie,

    Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;

    Grave, il songeait ! l’horreur contemplait la splendeur.

    (Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?

    Hélas ! le bas-empire est couvert d’Augustule*,

    Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,

    Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)

    Les feuilles s’empourpraient dans les arbres vermeils ;

    L’eau miroitait, mêlée à l’herbe, dans l’ornière ;

    Le soir se déployait ainsi qu’une bannière ;

    L’oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;

    Tout s’apaisait, dans l’air, sur l’onde ; et plein d’oubli,

    Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,

    Doux, regardait la grande auréole solaire ;

    Peut-être le maudit se sentait-il béni,

    Pas de bête qui n’ait un reflet d’infini ;

    Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche

    L’éclair d’n haut, parfois tendre et parfois farouche !

    Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,

    Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux.

    Un homme qui passait vit la hideuse bête,

    Et frémissant, lui mit son talon sur la tête,

    C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ;

    Puis une femme avec une fleur au corset,

    Vint et lui creva l’œil du bout de son ombrelle ;

    Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.

    Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel,

    -J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ;-

    Tout homme sur la terre, où l’âme erre asservie,

    Peut commencer ainsi le récit de sa vie.

    On a le jeu, l’ivresse et l’aube dans les yeux,

    On a sa mère, on est des écoliers joyeux,

    De petits hommes gais,  respirant l’atmosphère

    A pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire

    Sinon de torturer quelque  être malheureux ?

    Le  crapaud se traînait au fond du chemin creux.

    C’était l’heure où des champs les profondeurs s’azurent ;

    Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l’aperçurent

    Et crièrent : « Tuons ce vilain animal !

    Et, puisqu’il est laid, faisons-lui bien du mal ! »

    Et chacun d’eux, riant, -l’enfant rit quand il tue, -

    Se mit à le piquer d’une branche pointue,
    Elargissant le trou de l’œil crevé, blessant

    Les blessures, ravis, applaudis du passant ;

    Car les passants riaient ; et l’ombre sépulcrale

    Couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle,

    Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait

    Sur ce pauvre être ayant pour crime d’être laid ;

    Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;

    Un enfant le frappait d’une pelle ébréchée ;

    Et chaque coup faisait écumer ce proscrit

    Qui , même quand le jour sur sa tête sourit,

    Même sous le grand ciel, rampe au fond d’une cave ;

    Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »

    Son front saignait ; son œil pendait ; dans le genêt

    Et la ronce, effroyable à voir , il cheminait ;

    On eût dit qu’il sortait de quelque affreuse serre ;

    Oh ! la sombre action, empirer la misère !

    Ajouter de l’horreur à la difformité !

    Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,

    Il respirait toujours ! sans abri, sans asile,

    Il rampait ; on eût dit que la mort, difficile

    Le trouvait si hideux qu’elle le refusait ;

    Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,

    Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;

    L’ornière était béante, il y traîna ses plaies

    Et s’y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,

    Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,

    Lavant la cruauté de l’homme en cette boue !

    Et les enfants, avec le printemps sur la joue,

    Blonds, charmants, ne s’étaient jamais tant divertis ;

    Tous parlaient à la fois et les grands aux petits

    Criaient : "Viens voir ! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,

    Allons pour l’achever prendre une grande pierre ! "

    Tous ensemble, sur l’être au hasard exécré,

    Ils fixaient leurs regards, et le désespéré

    Regardait s’incliner sur lui ces fronts horribles.

    -Hélas ! ayons des buts, mais n’ayons pas de cibles ;

    Quand nous visons un point de l’horizon humain,
    Ayons la vie, et non la mort, dans notre main.-

    Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;

    C’était de la fureur et c’était de l’extase ;

    Un des enfants revint, apportant un pavé

    Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,

    Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »

    Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,

    Le hasard amenait un chariot très lourd

    Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;

    Cet âne harassé, boiteux et lamentable,

    Après un jour de marche approchait de l’étable ;

    Il roulait la charrette et portait un panier ;

    Chaque pas qu’il faisait semblait l’avant-dernier ;

    Cette bête marchait, battue, exténuée ;

    Les coups l’enveloppaient ainsi qu’une nuée ;

    Il avait dans ses yeux voilés d’une vapeur

    Cette stupidité qui peut-être est stupeur ;

    Et l’ornière était creuse, et si pleine de boue

    Et d’un versant si dur que chaque tour de roue

    Etait comme un lugubre et rauque arrachement ;

    Et l’âne allait geignait et l’ânier blasphémant ;

    La route descendait et poussait la bourrique ;

    L’âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,

    Dans une profondeur où l’homme ne va pas.

     

    Les enfants entendant cette roue et ce pas,

    Se tournèrent bruyants et virent la charrette :

    « Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »

    Crièrent-ils. «  Vois-tu, la voiture descend

    Et va passer dessus, c’est bien plus amusant. »

    Tous regardaient.

    Soudain, avançant dans l’ornière

    Où le monstre attendait sa torture dernière,

    L’âne vit le crapaud, et, triste,-hélas ! penché

    Sur un plus triste, - lourd, rompu, morne, écorché,

    Il sembla le faire  avec sa tête basse ;

    Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;

    Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant

    Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,

    Résistant à l’ânier qui lui criait : Avance !

    Maîtrisant du fardeau l’affreuse connivence,

    Avec sa lassitude acceptant le combat,

    Tirant le chariot et soulevant le bât,

    Hagard, il détourna la roue inexorable,

    Laissant derrière lui vivre ce misérable ;

    Puis sous un coup de fouet, il reprit son chemin.

     

    Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,

    Un des enfants –celui qui conte cette histoire-

    Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,

    Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !

     

    Bonté de l’idiot ! diamant du charbon !

    Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !

    Les célestes n’ont rien de plus que les funèbres 

    Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,

    Songent, et , n’ayant pas la joie, ont la pitié.

    O spectacle sacré !  l’ombre secourant l’ombre,

    L’âme obscure venant en aide à l’âme sombre,

    Le damné bon faisant rêver l’élu méchant !

    L’animal avançant lorsque l’homme recule !

    Dans la sérénité du pâle crépuscule,

    La brute par moments pense et sent qu’elle est sœur

    De la mystérieuse et profonde douceur !

    Il suffit qu’un éclair de grâce brille en elle

    Pour qu’elle soit égale à l’étoile éternelle !

    Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,

    Mourant sentant saigner ses pauvres sabots plats,

    Fait quelques pas de plus, s’écarte et se dérange

    Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,

    Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,

    Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon,

    Tu cherches, philosophe ? O penseur, tu médites ?

    Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
    Crois, pleure, abîme-toi dans l’insondable amour !

    Quiconque est bon voit clair dans l’obscur carrefour !

    Quiconque est bon habite un coin du ciel. O sage,

    La bonté, qui du monde éclaire le visage,

    La bonté, ce regard du matin ingénu,

    La bonté, pur rayon qui chauffe l’inconnu,

    Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,

    Est le trait d’union ineffable et suprême

    Qui joint, dans l’ombre, hélas ! si lugubre souvent,

    Le grand ignorant, l’ âne, à Dieu le grand savant.

     

    26-29 mai 1858

     

    Victor HUGO LA LEGENDE DES SIECLES LIII

    *Augustule : Romulus Augustule, ou en latin Flavius Romulus Augustus (vers 460 - 511 (?)), parfois appelé Romulus Augustulus, est le dernier empereur romain d’Occident . Il ne régna que 10 mois, réduit selon les sources à n'être qu'une "marionnette" manipulée par son père.(source : Wikipédia)

     

     

     

    « Ikebana ou l'art floral venu du Pays du Soleil Levant....Joshua BELL "Ave Maria " »
    Partager via GmailGoogle Bookmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    ren
    Samedi 14 Août 2010 à 16:44

    BONJOUR CATHY.


    Je te remercie vivement de prendre des nouvelles de mère, c'est très gentil à toi.


    Suite à sa rechute, on lui a fait deux nouvelles injections, l'hémoragie commence a regresser et il lui reste encore un petit soulevement.


    Comme te la dit Nenette, le traitement a été entreprit un peu tard et l'athropie de la macula suite à la DMLA SECHE est trés important.


    Le traitement restera trés limité au niveau de la tache, mais il lui apporte quand même une certaine amélioration.


    Prochain RDV début septembre.


    J'espère que pour toi, tout va bien et que ta vision reste stable.


    Je te le sohaite pour de longues années.


    Felicitations pour ton blog, trés joli travail.


    A bientot de tes nouvelles



    RENE   


     


     


    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :